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Elizabeth the Sixth : feu ministre de l’Education Nationale

  • Photo du rédacteur: Ophelie Roque
    Ophelie Roque
  • il y a 5 heures
  • 5 min de lecture

Elisabeth Borne

Pour faire ce portrait d’Elisabeth Borne, Elizabeth the Sixth puisque ce fut la sixième ministre de l’Education Nationale par ordre de succession depuis 2022, je n’aurai pas l’indélicatesse crasse des fossoyeurs pervertis qui, une fois la nuit tombée, profanent la solitude des caveaux pour récupérer un ou deux dents qui brillent du faible éclat d’un or terni. Bref, je n’exhumerai pas son bilan d’une décennie à errer dans les couloirs des ministères. Cet article n’en est pas le lieu et je laisse cette tâche à d’autres chroniqueurs spécialisés ès nécrologie. Cependant, à toute fin utile, il peut tout de même être pertinent de rappeler deux ou trois petites choses.

Parisienne pur jus -la gouaille hâbleuse du Titi en moins-  Elisabeth est née en 1961 dans les rues de la capitale. Diplômée de l’Ecole polytechnique et de l’ENA, elle occupe rapidement des postes de haut fonctionnaire (à ne pas confondre avec ceux « d’en bas ») avant de devenir préfète, directrice de la RATP (coucou Castex !) puis ministre, à de nombreuses reprises, sous Emmanuel Macron : Transports (2017-2019), Transition écologique (2019-2020), Travail (2020-2022), avant de se hisser jusqu’au demi-Graal à savoir le poste de Première ministre (2022- 2024) et de retomber à l’Education. Voici pour le CV dont la succession de dates résonnent comme autant de rapides épitaphes. La continuité dans la discontinuité. Partout et nulle part à la fois.

 

Maintenant que ceci est dit, focalisons-nous sur son dernier ministère puisque, dès les premières secondes, elle sait surprendre son monde en affirmant, sans faillir, lors de la passation de pouvoir avec Anne Genetet: "Je ne suis pas une spécialiste de ces sujets." Qu’elle se rassure, Anne non plus ! Tout un symbole cette passation, quand le rien rencontre le néant. Quelle infinie chance nous avons ! Quel privilège d’être ainsi représentés par la Grâce et la Raison ! Hourrah pour les professeurs ! Rappelée à elle-même par le bon sens (ou par les murmures véhéments d’un conseiller contrarié), elle se reprend et tente de se rattraper aux branches en mettant en avant son expérience de conseillère auprès de l’Éducation sous Lionel Jospin et Jack Lang quelque part dans les années 90. On reste au mieux sceptiques, au pire peu convaincus.

C’est que ce ministère est un terrain miné, planchers et bureaux sont jonchés de dossiers plus urgents les uns que les autres et cela fait bientôt six ans que rien ne fut fait à part quelques brefs courants d’air provoqués par de hâtifs emménagements bientôt suivis de brusques déménagements. Elisabeth Borne devra affronter, entre autres et dans le désordre !: la crise du recrutement, la formation des enseignants, le casse-tête des groupes de besoins, les sacrosaintes luttes contre l’inégalité scolaire et le harcèlement, la suspicion du wokisme à l’école, la laïcité menacée et bien d’autres mignardises encore mais j’en passe !

 

Premier chantier d’ampleur : colmater les brèches et empêcher les enseignants encore présents de s’enfuir ! Chaque jour des milliers d’élèves sont privés de cours en raison du manque de professeurs. Face à pareil défi, Élisabeth Borne reprend à son compte le projet amorcé sous l’éphémère règne de l’un de ces prédécesseurs : avancer, dès 2026, le concours enseignant à bac+3 au lieu de bac+5 ! Parce qu’il est bien connu que niveler par le bas une situation en voie de précarisation ne peut être que LA bonne solution. Les conditions de travail et les bas salaires font fuir les titulaires de master, qu’à cela ne tienne : abaissons les seuils, un licencié sera moins en droit de se plaindre !

Mais ne crayonnons pas qu’à charge et reconnaissons-lui une réussite ! Elisabeth Borne a presque su conquérir le cœur des enseignants en obtenant l’annulation (ou la suspension, la chose n’est pas si claire) de la suppression prévue de 4 000 emplois de professeurs (principalement pour les primaires et les maternelles).

L’autre dossier épineux sera la réforme phare du « Choc des savoirs » (on a les lumières qu’on mérite) souhaitée par Gabriel Attal et qui vint instaurer des groupes de besoins en mathématiques et en français. Déjà déployée en classes de 6e et 5e, la réforme devait normalement s’étendre aux 4e et 3e mais la très sensée Anne Genetet y avait renoncé avant de quitter son poste. Que faire alors ? La circonspection ici est de mise et la nouvelle ministre préfère afficher une posture prudente, déclarant que le dispositif "doit faire l’objet d’une évaluation". Qu’il est sage d’ainsi réévaluer les évaluations de précédentes concertations. En tout, il faut de la feutrine.

En tant que polytechnicienne, Élisabeth daignera-t-elle porter ses regards sur les nouvelles épreuves de mathématiques prévue pour tous les élèves de 1ère à partir de 2026 ? Il serait bon  que la ministre clarifie les contours de ce nouveau chantier avant que les futurs bacheliers ne défaillent d’angoisse. Soucieuse de mettre à mal un système éducatif qu’elle a elle-même qualifié, en 2022, de "l’un de ceux qui reproduisent le plus les inégalités", elle promet de "réparer les inégalités" et de promouvoir le bien-être de tous les élèves. Les mots sont beaux mais la pratique reste à confirmer puisqu’en terme d’empathie il n’est pas certain qu’elle parvienne tout de suite à effacer son manque d’humanité lors de sa dernière visite à Mayotte après le passage du cyclone Chido (décembre 2024) où elle fut filmée tournant le dos à deux enseignants qui l’interpellaient sur la gestion de l’aide alimentaire dans les bidonvilles.

Sans compter qu’elle va devoir faire face au choc Bétharram. Pour l’instant, elle tient le choc et a annoncé l’ouverture d’une enquête administrative tout en n’hésitant pas à qualifier cette sordide affaire de  "MeToo scolaire" La chose est courageuse mais encore faudrait-il qu’une investigation trop poussée ne vienne pas lui aliéner le soutien de François Bayrou.

Passons brièvement sur sa dernière trouvaille en date, à savoir le fait qu’il faille qu’un enfant songe à son orientation dès la maternelle. Ce qui nous fait légitimement douter qu’elle ait la moindre idée de ce qu’il peut y avoir dans la cervelle d’un enfant de trois ans. Pompier, tyrannosaure ou voiture de course ? Le jeune Marc, 2 ans et demi, hésite encore !

Et si jamais elle trouve un jeune bambin doué pour la finance, peut-être serait-bien qu’elle l’embarque avec elle au ministère puisque la ministre devra, sur le plan budgétaire, naviguer dans un contexte aussi incertain que contraint. Le projet de loi de finances 2025, hérité du gouvernement précédent, prévoyait des coupes importantes (notamment dans les moyens alloués aux académies) et la dernière réunion annuelle de répartition des moyens a dû être annulée faute de budget ! Tout un programme !

 

Je l’avais déjà écrit à sa prédécesseuse mais comme tout bon ouvrier je n’hésite pas à remettre  l’ouvrage sur la table : « Courage madame la ministre !».

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