Le troisième corps du roi : quand l’IA dissout l’incarnation politique
- Ophelie Roque
- il y a 5 heures
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1) L’incarnation, vieille mystique du “corps politique”

Le monde occidental a longtemps pensé le pouvoir en tant qu’organisme vivant. Même la modernité démocratique, qui a pourtant destitué la sacralité monarchique, n’a pas réussi à abolir cette intuition et l’a seulement convertie. Le roi avait ses attributs sacrés, le président a ses codes républicains. Dans les deux cas, l’autorité s’appuie sur une mise en forme du corps qui prolonge le pouvoir au-delà de l’individu. Les « deux corps du roi » théorisés par Ernst Kantorowicz retracent comment, dès le Moyen Âge tardif, on a su distinguer entre corps naturel (sujet aux infirmités et à la maladie) et corps politique (incorruptible et exempt de tout défaut). Ce second corps « ne pouvant être vu ni touché », constitue à lui seul « la société politique et le gouvernement » et incarne le royaume tout entier. Le roi n’est pas seulement homme : il est le point de jonction entre le mortel et l’immortel, le particulier et l’universel. C’est cette même dualité qui rend possible la formule: « le roi est mort, vive le roi ! » car si le corps naturel périt, le corps politique survit et se matérialise instantanément dans la chair du successeur. Kantorowicz démontre comment cette dualité s’inspire du mystère christologique tout en le transposant dans le champ du séculier. Le roi devient une gemina persona, individu à la fois privé et public. Cette incarnation permet de résoudre ce paradoxe fondamental : comment un individu faillible peut-il incarner une autorité infaillible si ce n’est par la fiction d’un corps second qui absorbe et dépasse les limites du premier ?
Or, les sociétés n’ont pas seulement peint, sculpté ou photographié ce corps : elles l’ont parfois remplacé en suivant des règles et rituels. Les effigies funéraires particulièrement développées en Angleterre à partir du XIIIᵉ siècle, en sont l’illustration la plus frappante. Dès la fin du XIIIᵉ siècle une statue grandeur nature dotée des attributs de la royauté orne désormais le sarcophage. L’effigie d’Édouard III, la plus ancienne conservée à Westminster Abbey, fut notamment sculptée dans du noyer, peinte, dotée de cheveux postiches et habillée des vêtements du couronnement. D’autres, comme celle d’Anne de Bohême ou de Catherine de Valois, furent modelées à partir de masques mortuaires. Loin d’être de simples décorations funéraires, elles formaient un support ontologique et maintenaient la visibilité du corps politique tandis que le corps naturel disparaissait. Processus assurant une continuité symbolique puisque la fonction royale restait présente et incarnée au-delà de la mort.
Même dans les régimes républicains les plus anti-monarchiques, le chef d’État conserve une forme d’« aura » corporelle : il est le point focal où se condense le « nous » collectif. On comprend alors ce que signifie véritablement “jouer avec l’image” d’un politique : c’est entrer dans la zone la plus archaïque et la plus sacrée du pouvoir — celle où l’image n’est plus simple commentaire mais support de l’autorité. Avec l’IA, ce support devient malléable, reproductible à l’infini et détaché de toute contingence biologique. La vieille mystique du corps unique (donc forcément) irremplaçable se voit fortement remise en question.
2) Petite histoire de la profanation

L’IA n’inaugure en rien la manipulation du corps politique (elle s’inscrit dans la droite lignée d’une généalogie pluriséculaire tournant autour de la profanation des organes du pouvoir) mais elle en change radicalement l’échelle, la vitesse ou encore la possibilité de tout à chacun de s’y adonner. Ce processus est celui d’une escalade : de la caricature au photomontage jusqu’à la fiction assumée en tant que preuve. Chaque étape expérimente les limites de ce qui peut être fait au corps du souverain pour mieux en altérer la légitimité, la mémoire ou l’aura.
La caricature fut l’un des premiers grands laboratoires de la profanation iconographique. En 1831, sous la Monarchie de Juillet, Charles Philipon, fondateur du journal satirique La Caricature, est poursuivi pour « outrage à la personne du roi » après avoir publié des dessins moquant Louis-Philippe. Lors de son procès, Philipon défend son œuvre en arguant que si le roi ressemble à une poire, alors toutes les poires devraient être poursuivies. Le fruit se mue en symbole de résistance et envahit les murs et les pages des journaux. Le signe graphique se détache du portrait individuel. Ce n’est plus seulement une saillie mais une mise à mort iconographique. La majesté royale, autrefois sacrée et unique, est réduite à une forme molle, comestible et reproductible à l’infini.

Le XXᵉ siècle invente quant à lui une violence plus sophistiquée en versant dans l’art du photomontage. En 1932, Heartfield publie Adolf, the Superman: Swallows Gold and Spouts Tin dans les pages d’un hebdomadaire communiste. L’artiste surimprime une radiographie sur le torse d’Hitler saisi en plein discours et nous dévoile un œsophage constitué de pièces d’or. Cette dissection -aussi bien visuelle que virtuelle- révèle qu’Hitler n’est pas seulement un organisme de chair et de sang mais un assemblage de capitaux et d’ influences extérieures. Heartfield multiplie les photomontages anti-nazis (plus de 200 publiés entre 1929 et 1938) et transforme la pratique en arme de propagande antifasciste. Le corps du leader n’est jamais innocent, c’est toujours un composite produit par la techné et l’économie que l’on peut heureusement démonter pour en exposer ses rouages et nombreux mensonges.
Et puis il y a l’autre face, celle de l’effacement systématique en vue de réécrire l’histoire.
Dans l’URSS stalinienne, les retouches photographiques deviennent une véritable politique d’État pendant les Grandes Purges (1936-1938). Elles visent à abolir la trace visuelle d’un individu afin que son existence même ne finisse par devenir douteuse.
L’IA n’invente ni la profanation ni la réécriture mais elle l’industrialise et la rend instantanée, portant à son paroxysme ce que Philipon, Heartfield, et autres censeurs staliniens avaient déjà initié.
3) De Foucault à l’IA : le retournement biopolitique
Chez Foucault, la modernité politique s’organise autour d’un tournant majeur: l’émergence du biopouvoir qu’il décrit comme ne se contentant plus de donner la mort aux parias mais « faisant vivre et laissant mourir ».
Le biopouvoir administre et régule la vie elle-même à l’échelle des populations. Foucault y distingue deux faces complémentaires. D’une part, l’anatomo-politique centrée sur le corps individuel (surveillance panoptique, institutions -école, prison, usine, hôpital- modelant les conduites), d ’autre part la biopolitique proprement dite agissant comme une entité biologique globale (santé publique, reproduction, statistiques démographiques).
Ce pouvoir se manifeste par des mécanismes de régulation qui visent à optimiser l’ensemble de la société en mettant en place un urbanisme de l’hygiène, des politiques familiales ou encore des plans de santé… Le biopouvoir « fait vivre » en gérant les flux vitaux et « laisse mourir » ceux qui échappent à la norme.
Mais l’arrivée de l’IA introduit un retournement inédit. Le biopouvoir s’est longtemps exercé sur le corps des gouvernés mais avec la multiplication des deepfakes, ce privilège n’est plus de saison et le corps du gouvernant devient (lui aussi) modifiable à l’envie. Surtout que plus un leader est visible, plus son double numérique devient aisément reproductible. Le dirigeant perd le monopole de sa propre représentation et son corps devient un matériau brut offert à l’édition infinie. Là où le biopouvoir classique « faisait vivre » les populations en les administrant, l’IA permet de « faire vivre » le corps du leader dans une forme de biopolitique inversée.
Le corps y est à la fois individualisé (c’est « ce visage », « cette voix ») et massifié (il est traité en tant que simple pattern extractible de millions d’images). L’IA glisse vers l’hybridation perverse en faisant circuler les versions falsifiées jusqu’à éroder la crédibilité originelle de l’individu.
4) La “vie nue” appliquée au numérique

Giorgio Agamben, dans Homo Sacer, le pouvoir souverain et la vie nue conceptualise la « vie nue ». Autrement dit ce qu’il reste quand le politique dépouille un corps de toutes protections juridiques ou symboliques. La figure paradigmatique en est l’homo sacer du droit romain archaïque : un homme qui peut être tué par n’importe qui sans que cela constitue un homicide (pas de sanction pénale), mais qui ne peut être sacrifié dans un rituel religieux (dénué de valeur sacrificielle).
Selon Agamben, ceci forme le noyau caché de la souveraineté occidentale : le chef politique étant celui qui décide de la valeur ou de la non-valeur d’un être en créant et maintenant une zone d’exclusion ou -pour le dire autrement- un espace où la vie est laissée à nu. Là où la loi se suspend et où la violence devient indistinguable du droit.
Transposée au numérique, cette idée devient saisissante. Lorsque le visage ou le corps d’un responsable public est deepfaké (sexualisé, humilié, mis en scène dans des contextes pornographiques ou sanglants) c’est déjà un dépouillement. Le dirigeant n’est plus protégé par le cadre rituel de l’autorité et, de la même manière que l’homo sacer, il peut être « tué » sans que rien ni personne ne frémisse. Cette mise à mort symbolique et souvent anonyme échappe de facto à une possible responsabilité pénale. On peut alors parler d’une « vie nue numérique » où le corps n’est plus garanti par le cadre institutionnel et se trouve offert au traitement infini des plateformes. Le leader peut être « tué » mille fois par jour dans des deepfakes qui l’humilient ou lui font avouer des crimes sans que cela ne soit considéré comme un homicide. À long terme, ceci peut-il venir éroder la stabilité de nos institutions démocratiques ?
5) Le deepfake en tant qu’arme politique

En mars 2022, quelques semaines seulement après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, un deepfake de Volodymyr Zelensky circule massivement : le président ukrainien y apparaît en sweat vert et la scène semble filmée dans un décor ressemblant de beaucoup à ceux des allocutions officielles. Le président somme ses troupes de se rendre aux forces russes. La vidéo, pourtant médiocre techniquement, fit sensation. Hackée et diffusée sur des chaînes TV ukrainiennes, elle inonda les réseaux sociaux. Son unique objectif étant de susciter un doute sur la cohésion du commandement ukrainien au moment même où la parole présidentielle incarnait à elle seule la puissance militaire de la nation.
Cet épisode marqua le premier usage intentionnel et documenté d’un deepfake de chef d’État dans un conflit armé en cours : non pour convaincre durablement, mais pour amplifier la confusion dans un moment de haute tension. Le deepfake n’est pas qu’un outil de désinformation classique; c’est une arme de déstabilisation cognitive. Le doute s’installe par anticipation et finit par éroder la force probante de toute image ou parole enregistrée.
Et plus les deepfakes se mettent à circuler, plus l’incertitude générale croît allant jusqu’à semer le doute sur des faits pourtant avérés. Le corps politique devient un objet à la vraisemblance constamment attaquable, ce qui fragile son statut de garant de la continuité de l’État. Le corps du dirigeant devient la cible prioritaire à l’heure des guerres plurielles. .
6) Croire ou ne pas croire
L’idée la plus dangereuse serait de croire que “tout le monde saura reconnaître” les images « made in IA » alors que les données empiriques accumulées depuis 2020 nous disent massivement l’inverse. Une méta-analyse rapporte que les deepfakes de haute qualité ne sont débusquées qu’à 55%. L’homme peine à identifier les incohérences quand celles-ci se font subtiles (anomalies de synchronisation labiale, irrégularités dans les reflets oculaires ou les textures de peau).
Par ailleurs, un phénomène de surconfiance vient aggraver le processus, les individus se pensant capables de distinguer le vrai du faux. Or cette illusion de compétence persiste malgré des échecs répétés et se fait particulièrement marquée chez les utilisateurs fréquents des médias sociaux.
Une étude de 2023 sur les faux souvenirs induits par des contenus deepfake observe un taux de faux souvenirs élevé, des participants rapportant des détails « vécus » ou « vus » qui n’existaient pourtant pas dans la réalité. La mémoire humaine étant reconstructive, une image synthétique plausible peut servir de matrice pour réécrire des souvenirs ou en fabriquer de nouveaux . On « se souvient » d’un événement politique pourtant fictif, d’une déclaration qui ne fut jamais prononcée, d’un scandale inventé. Une exposition répétée à ce genre de contenus augmentant d’autant plus notre crédibilité. Un individu préalablement exposé à un deepfake jugera son contenu plus crédible lors d’une seconde exposition. L’information semble plus familière, donc plus véridique.
Dans un univers saturé d’images IA, ce mécanisme risque de faire dériver doucement la boussole du vrai. La répétition -cœur des bulles algorithmiques- transforme le doute en acceptation implicite. Autrement dit, dans un écosystème saturé de faux, le cerveau risque moins de « se faire avoir une fois » que de voir sa perception de la réalité se distordre progressivement.
7) Désacralisation, brutalisation, fragmentation

Le pouvoir démocratique avait perdu l’aura sacrée mais conservait encore une certaine gravité résiduelle due à la relative rareté des images. Or l’IA vient abolir ce seuil de rareté et fait du corps du dirigeant un matériau consommable. Le risque ne consiste pas en des épisodes d’une moquerie ponctuelle mais en la disparition progressive d’une distance symbolique minimale nécessaire pour rendre l’autorité opérante. L’on constate, dès à présent, une érosion accélérée de la confiance dans les institutions. À terme, cela risque de produire une apathie civique massive : pourquoi, en effet, s’engager politiquement si tout peut être faux, manipulé, ridiculisé ?
La possibilité technique de placer un dirigeant dans des scènes grotesques (même « pour rire ») abaisse collectivement le seuil des inhibitions. On ne discute plus seulement d’un programme mais on prend plaisir à martyriser un corps et cette brutalisation nouvelle reconfigure les seuils d’acceptabilité collective. Des contenus qui auraient été jugés inconcevables il y a dix ans circulent désormais en masse sur les plateformes. Cette augmentation des contenus hostiles et déshumanisants érode notre capacité collective à débattre sereinement. Quand un leader est réduit à n’être qu’un objet propice à tous les déferlements, le débat politique se polarise et perd -au passage- toute dimension rationnelle.
L’IA permet -en plus- de produire des versions divergentes d’un même responsable politique pour chaque bulle informationnelle. La sphère publique se fragmente en archipels informationnels étanches où chaque tribu possède sa propre version du leader. Les deepfakes et autres contenus IA ont contribué à cette balkanisation lors des dernières élections : des versions alternatives du même événement ont circulé en simultané ce qui a rendu impossible la formation d’un récit commun. Ce processus pourrait accélérer une nostalgie des systèmes autoritaires : certains aspirant à la survenue d’un leader fort qui puisse « rétablir » une vérité unique, par la force s’il le faut !
8) Déplacer la souveraineté

Dans l’ancien monde, l’État protégeait le corps du dirigeant par des moyens physiques et symboliques. L’individu était défendu par la rareté et l’unicité de sa présence mais, avec ce nouveau régime numérique qui s’impose, cette protection devient obsolète. La souveraineté doit donc se déplacer vers la certification de la provenance : non plus interdire la circulation (rendue impossible à l’ère des plateformes) mais certifier l’authenticité.
C’est pourquoi les institutions et les États investissent massivement dans des standards techniques en vue de restaurer une forme de contrôle sur le visible. Le C2PA (Coalition for Content Provenance and Authenticity) devient central puisqu’il encode dans ses métadonnées l’historique de création et d’édition d’un média. Les content credentials (icône CR) forment ainsi une chaîne garantissant la véracité et la provenance.
L’Union européenne avec l’EU AI Act (en vigueur depuis 2024) impose aux fournisseurs de systèmes génératifs de marquer leurs créations et aux diffuseurs de labelliser les deepfakes. Cette réglementation vise à rendre la certification obligatoire mais peut-on déplacer la souveraineté d’un état vers une infrastructure technique normative dépendante en partie des Big Tech ?
En bref, l’État ne contrôle plus seul le corps de son dirigeant et doit s’appuyer sur des acteurs qui appliquent (ou non) lesdits labels. Cela crée une souveraineté hybride inédite où l’État définit les obligations mais où la mise en œuvre repose essentiellement sur des outils privés vulnérables aux contournements. Les gouvernements doivent absolument investir dans des infrastructures souveraines (blockchain nationale, outils open-source de détection, bases de données publiques de signatures IA) s’ils ne souhaitent pas céder cette certification aux seules entités privées. Sans cela, la souveraineté risque de se diluer et l’autorité dépendra de la seule fiabilité d’algorithmes et de métadonnées qu’elle ne contrôlera pas pleinement.
9) Le corps obsolète, le nouveau règne des avatars politiques ?
La politique a toujours eu à voir avec les médias ; depuis les discours radiodiffusés de Roosevelt jusqu’aux selfies calculés d’Obama, le leader offre son corps en pâture au public. Cette enveloppe corps contingente, imparfaite et viscéralement humaine forme le tout dernier rempart contre l’abstraction totale du pouvoir.
Sauf qu’avec la banalisation de l’IA, il est presque temps d’envisager un dirigeant qui ne soit plus seulement humain mais qui existerait aussi en tant qu’avatar.
Dès 2022, en Corée du Sud, des candidats présidentiels ont déployé des avatars IA pour pallier leurs faiblesses (Yoon Suk-yeol a ainsi caché ses déficits oratoires via un double numérique). En 2024 -au Japon cette fois-ci- Anno Takahiro a utilisé un avatar IA pour répondre en continu à plus de 8 600 questions d’électeurs. Il a terminé cinquième sur 56 candidats. C’est désormais une vérité, l’avatar peut surpasser le corps biologique.

Ces pratiques -encore marginales- ne cessent pourtant de se multiplier. Le Synthetic Party (existant depuis 2022 au Danemark) orchestre des échanges autour de sujets proposés par les algorithmes quand en Albanie un « ministre IA » nommé Diella est assigné à la lutte anti-corruption. Autant d’exemples qui préfigurent une ère où le chef réel est concurrencé par ses propres versions augmentées (plus jeunes, plus charismatiques, capables de réponses instantanées et personnalisées).
Le pouvoir glisse doucement du corps incarné vers l’entité algorithmique. Le souverain devient un hybride (le corps biologique entrant en compétition avec ses propres clones numériques).
Et qui nous dit que le leader optimal ne sera pas -à terme- un pur avatar sans corps biologique sous-jacent ?
La politique entamerait alors un cycle d’incarnation post-humaine. Autrement dit, le corps du gouvernant est-il encore nécessaire ou l’époque n’a-t-elle besoin in fine qu’une d’une vraisemblance éditable et rééditable en fonction des besoins ?
Si le Moyen Âge a pensé la dualité entre corps naturel et corps politique, notre époque semble voir émerger un troisième terme : le corps algorithmique. Ni chair, ni fiction institutionnelle, ce troisième corps correspond à une matrice de données qui ne remplace pas les deux autres mais les parasite et les prolonge. Là où le corps politique garantissait la continuité symbolique, le corps algorithmique garantit la reproductibilité au-delà de toute présence. Toutefois à la différence du corps médiéval qui transcendait l’individu pour stabiliser l’ordre, cette troisième entité fragmente l’autorité en versions concurrentes et parfois contradictoires. La souveraineté risque-t-elle de devenir un flux éditable ? Après le roi mortel et le roi immortel, voici peut-être le roi modulable : un souverain dont la puissance tient moins à sa chair qu’à la gouvernance de ses propres simulacres.

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